Concours une journée dans la peau d’un sextoy : Texte # 034
Au tour de Marthe de la toile de nous faire part de sa contribution intitulée un petit coup de pompe, bonne lecture à toutes et à tous.
Je vous rappelle que le concours : Une journée dans la peau d’un sextoy est ouvert à tous et peut vous permettre si votre texte est sélectionné par notre jury parmi les 4 meilleurs de remporter un Rabbit. Pour concourir, il suffit de nous envoyer votre contribution à :concours@pinkeo.com
C’est si étrange, la vie. Il a fallu de vingt-quatre heures, pour que mon existence soit complètement transformée.
Pour tout dire, je ne me suis jamais sentie désirable. Tout dans ma physionomie me portait à croire que rien ne pouvait susciter le moindre intérêt chez moi. Longue, droite et sans formes…allez séduire avec ça. Je dois bien admettre qu’il m’arrivait de jeter avec un peu d’envie un œil à ses fesses à elle, rebondies, fermes, et de soupirer rêveusement en me disant que c’était aussi en partie à moi qu’elle les devait.
Ce matin, chose inhabituelle, elle m’emmène à la bibliothèque. Elle n’avait jamais fait ça. Et elle me garde dans son sac. Pas comme l’autre, qu’elle enchaîne à une barrière dehors dans le froid.
Dans son sac. Ca sent bon, ça sent elle. Je voyage avec son tube de crème hydratante, son poudrier, son portefeuille, son mobile, son passe Navigo, ses clés. Que du beau monde. J’ai oublié de dire qu’outre mon physique peu attrayant, je suis aussi excessivement timide. Je réponds poliment aux questions qui me sont posées, essaie de faire oublier mon irruption dans leur petit cercle d’habitués. Ils ne sont pas très bavards, mais je crois que le tube de crème m’aime bien. Nous égrenons les plaisanteries grasses pour passer le temps. Moi qui ne suis pas coutumière de ce genre d’exercices, je me surprends de mes audaces.
Dans les moments de calme, je suis assaillie de doutes.
Elle n’avait jamais fait ça. Elle n’a jamais vraiment tenté de me connaître mieux, n’a jamais eu de contacts que ceux qui étaient indispensables dans le cadre de mes interventions.
Mais elle m’a gardée dans son sac. La gorge nouée, je conclue, abasourdie, qu’elle tient peut-être un peu à moi. Peut-être même qu’elle ne veut pas me perdre.
Soudain, son téléphone mobile pique une crise et se met à quatre-saisonniser à tout va. Un nerveux, celui-là. En un clin d’oeil, la glissière s’ouvre et la main de Célestine plonge dans le sac. Nerveusement, elle frôle mon épiderme de long en large avec ce qui me semble vaguement être une pointe d’insistance. Le temps cède courtoisement sa place à l’éternité. Je frémis, blêmis, défaille. Puis la main me lâche et agrippe le téléphone mobile pour lui imposer le silence.
L’esprit chaviré par cette caresse inattendue, inespérée, je reprends avec peine mon souffle, plus perdue que jamais. Pourquoi ce geste ? Pourquoi cette urgence, cette nervosité, dans ses doigts ? Célestine est une fille réservée, timide, presque coincée ; mon cerveau ne connaît pas de repos dans les heures qui suivent. Dehors on n’entend que le cliquetis d’un ordinateur et les pages du Gaffiot que tourne la latiniste de mon cœur.
La maison, enfin. Elle jette son sac sur le fauteuil, fouille dedans compulsivement, puis se ravise et file à la cuisine se faire une tartine de Nutella. Ah, la jeunesse. Ma déception est de courte durée, car elle revient une minute à peine pour m’agripper et m’emporter dans sa chambre.
Elle commence par me frotter contre les draps de son lit, me livrant à la brûlure du tissu de lin amidonné. Puis, se ravisant, elle m’approche de son visage aux pommettes enflammées d’excitation, commence à me parcourir l’épiderme d’un petit bout de langue. Timide d’abord, elle s’enhardit et me couvre bientôt de caresses linguales dégoulinantes du miel de sa salive qui font monter en moi des envies plus impérieuses. Son regard trouble, son souffle court, les tremblements de ses mains m’indiquent en un appel muet que nos désirs se conjuguent.
Ma princesse de la version latine et de la parcimonie s’allume toute entière, les joues en feu elle me serre plus fort à mesure qu’elle accélère elle-même le rythme de mes va et viens tout au fond de ses replis chauds. Les ondulations de son bassin, le tremblement de son corps tout entier… nous ne faisons plus qu’une. Soudain un geste maladroit la propulse quelques nuages plus haut. Revenue de son vertige premier, elle joue volontairement maintenant de mon piston dans un désordre frénétique, tandis qu’au plus profond d’elle je peux sentir ses gémissements se faire plus pressants. Je ne peux m’empêcher de penser que décidément, cette fille ne manque pas d’air. Dépêche toi Célestine, ma latiniste consumée, ton deuxième orgasme t’attend déjà.
Haletante, le souffle mort, les yeux dans le vague, elle se raidit soudain, et tremblante de tous ses membres, laisse échapper un cri de ses lèvres entr’ouvertes. Un cri minuscule. Suivi d’un éclat de rire, limpide. Inutile de lui demander si ça lui a plu. Rompue de fatigue, endolorie par la pression des doigts de ma ménade, elle me retire lentement et me pose à côté d’elle. Remettant d’aplomb ses lunettes de travers, elle rit en me posant de temps à autres des regards incrédules. Tu ne pensais pas, n’est-ce pas ma belle, qu’un jour…
En vingt-quatre heures j’ai découvert mes véritables attirances, je les ai vécues pleinement, heureusement. Nous y sommes. Voilà : papa, maman, il faut que je vous dise : je suis un sextoy, et je suis amoureuse d’une fille. Ne pleurez pas, votre fille est heureuse.
Il faut bien reconnaître que je me pose encore tant de questions. Je ne vibre pas, je n’ai pas de design très aguicheur… La peur de la perdre me tenaille. Célestine a su me rassurer à sa manière. Aussi tout à l’heure, j’ai surpris sa conversation avec son binôme de la fac : « …oui, il faudrait que je fasse réparer mon vélo, j’ai une roue qui se dégonfle sans arrêt, c’est pénible… Non, je ne viendrai pas à la bibliothèque à l’ouverture, j’ai un petit coup de pompe là… C’est ça, d’ici une heure ou deux. Ciao. »


